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Edito du Journal n°176 (Décembre 2011/Janvier 2012)

Bertrand Pasciuto / novembre 2010

Al’occasion de la 11ème Conférence des Villes qui s’est tenue le 28 septembre, sur le thème « Urgence économique et sociale : oser de nouvelles réponses », l’Association des Maires des grandes villes de France avait commandé un sondage à la SOFRES sur le ressenti des Français par rapport à leur situation personnelle. Si 14% des personnes interrogées ont l’impression de vivre mieux, 75% d’entre elles estiment vivre moins bien qu’avant. Ce taux de réponse constitue un « record historique » depuis la première enquête SOFRES réalisée sur cette question en 1981.
Ce sentiment est fortement perçu chez les 25-49 ans (81%) et aussi chez les employés et ouvriers (84%). Les résultats de ce sondage n’ont guère surpris les élus, confrontés chaque jour aux peurs et à la désespérance de leurs concitoyens.
Comment ne pas s’inquiéter, en effet, alors que le chômage longue durée augmente, que les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux, que les destructions d’emplois touchent les seniors tandis que les jeunes diplômés peinent à trouver un emploi …
Comment ne pas s’inquiéter, surtout, lorsque l’on assiste depuis plusieurs semaines, sur fond de crise européenne, à une campagne acharnée destinée à effrayer les classes moyennes et populaires …
Alors qu’elle est née du choix des Etats, gérés par les droites libérales européennes, d’emprunter pour sauver les banques, il est révoltant de constater que cette crise porte des fruits … juteux. Obéissant aux agences de notations et aux financiers qui exigent des coupes sombres dans les budgets publics et les dépenses sociales, on supprime des centaines de milliers de fonctionnaires, on ampute leurs traitements, on remet en cause les droits du travail, on relève les tarifs des services publics et des impôts indirects - les plus inégalitaires ! - on réduit le remboursement des soins, bref, on exauce tous les vieux rêves de la Droite.
Sur fond de crise, on ponctionne à tout va : taxe supplémentaire sur les mutuelles, augmentation des taxes sur les boissons et le tabac, déremboursement des médicaments, etc . On accroît les impôts injustes mais on se garde bien d’engager la réforme fiscale qui tiendrait compte des revenus réels du travail et du capital.
Quel meilleur moment que celui-ci pour remettre en cause les conquêtes du progrès social et mener une politique qui assèche la croissance avec la baisse de consommation des ménages !
Avec la dette publique, on veut faire croire que la seule issue possible est la mise en place d’une politique d’austérité. Faut-il rappeler qu’il y a déficit lorsque les dépenses excèdent les recettes et que rapporté à la population française, les dépenses ont peu augmenté depuis 20 ans.
Par contre, souvenons-nous que le Rapporteur de la loi de finances 2010, le député UMP, Gilles Carrez, avait estimé à 80 milliards d’euros le manque à gagner pour l’Etat engendré par les différents aménagements fiscaux.
Souvenons-nous aussi du tour de force de François Fillon, qui, après avoir lâché qu’il était à la tête « d’un Etat en faillite », avait trouvé en quelques jours les centaines de milliards destinés à secourir les banques !
Sur fond de crise, la Majorité gouvernementale - certainement convaincue que diviser permet de mieux régner - dresse les salariés contre les fonctionnaires, les travailleurs contre les chômeurs, les campagnes contre les villes, les seniors contre les jeunes, ceux qui « sont d’ici » contre « ceux qui viennent d’ailleurs »…
Au niveau de l’Europe, on tente de dresser les pays les uns contre les autres. Les marchés édictent leurs lois et émettent des notes, ils constituent des classements lourds de conséquence pour les pays qui doivent payer la facture. Le destin des peuples doit-il se forger dans les bureaux de la banque centrale ou du FMI ? Bien sûr que non !
En Grèce, le célèbre chanteur-compositeur Mikis Theodorakis, créateur du Comité Consultatif du Mouvement des Citoyens Indépendants, a appelé à la Résistance : « Résistez au totalitarisme des Marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme. Il ne faut pas autoriser les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elles-même générées sous forme de dettes … ». Et de rappeler que la démocratie est née à Athènes … lorsque Solon* a annulé les dettes des pauvres envers les riches !
Depuis plusieurs mois, le mouvement des Indignés gagne du terrain partout dans le monde. En France, l’échéance des élections présidentielles suscite un espoir que l’on a pu mesurer à l’occasion des premières « primaires citoyennes » organisées dans le pays. A Cournon, une très nombreuse participation a été enregistrée. Elle témoigne de l’intérêt de la population pour la vie publique et la démocratie, mais surtout, d’une réelle envie de changement.
Au niveau communal, bien décidée à ne pas baisser les bras, la municipalité continue de répondre aux différentes attentes des Cournonnais pour aider les parents à concilier travail et famille, pour compléter les apprentissages scolaires (voir notre dossier en pages centrales), pour aider les personnes âgées à sortir de la solitude, pour favoriser l’accès à des logements de qualité accessibles au plus grand nombre, pour développer l’emploi, pour que la culture, le sport et la vie soient le socle du vivre ensemble …

* Solon : 640 – 558 av JC, homme d'État, législateur et poète athénien. Souvent considéré comme ayant instauré la démocratie, il fait partie des Sept Sages de la Grèce.

Bertrand PASCIUTO
Maire-Conseiller général de Cournon d’Auvergne,
1er Vice-Président de Clermont Communauté

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