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Edito

Édito du Journal de Cournon-d'Auvergne n° 207 - Hiver 2018

 

 

Vivre et non pas survivre !

 

Née sur les réseaux sociaux, échappant aux organisations syndicales et aux partis politiques, l'ampleur de la révolte des « gilets jaunes » a pris de court le président de la République qui avait largement sous-évalué la détresse, puis la colère, provoquées par sa politique. Sous-estimer la gravité de la situation et accueillir avec mépris les doléances entendues lors de ses déplacements officiels a été une grave erreur dont il paie aujourd'hui le prix

En tant que maire, je rencontre quotidiennement des personnes qui avouent « s'en sortir de moins en moins » et redoutent les fins de mois difficiles, ces fins de mois où les grandes surfaces notent une baisse d'affluence jusqu'à ce que la prochaine paie tombe.Fait nouveau, l'angoisse de ne plus pouvoir joindre les deux bouts touche désormais aussi bien les personnes sans emploi, les bénéficiaires de petites retraites, les travailleurs dits « pauvres » car percevant de petits salaires, que les salariés appartenant aux classes dites « moyennes » mais qui voient leur pouvoir d'achat baisser d'année en année. Je le constate, et mes collègues maires me le confirment, le premier magistrat de la commune est perçu comme le dernier recours lorsque les difficultés s'amoncellent : difficultés pour trouver un logement faute de ressources suffisantes, difficultés pour trouver un emploi faute de pouvoir acheter un véhicule pour se rendre au travail, difficultés pour trouver un stage en entreprise faute du bon réseau qui assure un « coup de pouce » … Hélas, si nous faisons notre possible pour aider le maximum de personnes, nous ne faisons pas de miracle et encore moins depuis que certains leviers à notre disposition ont fondu comme une peau de chagrin, tels les contrats aidés par exemple.

La mise en place à Cournon d'une "Epicerie sociale " qui permet aux plus démunis d'entre nous d'acheter des produits alimentaires à des prix symboliques ; la participation de la ville à la Régie de Territoire des 2 Rives qui favorise l'insertion de personnes éloignées du monde du travail tout en apportant des services appréciés (services d'entretien et bricolage, production de légumes bio …) ; le soutien à l'association Renaissance des Objets Oubliés qui recycle des meubles ou objets revendus à des tarifs accessibles à tous ; les aides apportées par le CCAS (bons alimentaires, secours et logements d'urgence …) ; le quotient familial mis en place pour que des prix différenciés allègent les factures de restauration scolaire ou de séjours vacances sont autant de domaines sur lesquels la commune s’engage pour que le quotidien soit un peu moins difficile.

Le président de la République imagine t-il - lui qui n’a jamais eu de mandat local - le nombre de personnes qui viennent simplement nous dire, à nous maires, leur inquiétude de ne pas pouvoir remplir leur cuve de fioul, de ne plus arriver à faire le plein pour aller bosser – car la crise touche aussi les travailleurs - ou tout simplement leur crainte que leur vieux véhicule soit déclaré « bon à la casse » à l’issue du contrôle technique renforcé ?

Il est bien évident que l’augmentation du gasoil est la goutte d‘eau qui a fait déborder le vase car le ressentiment face à l'injustice sociale est aujourd’hui trop profond. Comment faire comprendre aux 9 millions de Français, qui n’ont pas d’autre alternative que d’utiliser leur voiture pour aller travailler, se soigner, se former, accompagner leur enfant faire du sport, ou utiliser des services publics de plus en plus éloignés, qu’ils doivent être les seuls à payer le prix de la transition énergétique en ayant le sentiment d’être pris pour des pigeons ?

Au nom de la transition écologique dont je ne conteste pas la nécessité, on augmente les taxes payables par tous alors que l’impôt des plus riches, l’ISF est supprimé et que le kérosène échappe encore une fois à la taxe sur les carburants sachant que son empreinte écologique est bien plus forte que celle du train (14 à 40 fois plus par kilomètre parcouru). Allez faire comprendre à celui qui doit faire chaque jour le trajet Cournon-Ambert pour aller au boulot qu’un trajet A/R Aulnat/Porto sur Ryan Air peut lui coûter parfois ... moins de 35 euros ! Dans le même temps on ferme des gares et des lignes SNCF au grand dam des usagers obligés dés lors de prendre leur voiture. Et pourquoi ne pas imposer les bénéfices colossaux de la compagnie pétrolière TOTAL ?

En 18 mois, le président de la République a réussi à accentuer le sentiment de déclassement et à renforcer l'opposition entre les villes et les campagnes. Sait-il qu’en milieu rural, dans un territoire déstructuré, tout est désormais prétexte pour utiliser sa voiture : aller à la poste, à la perception, à la gendarmerie, chez le médecin ou tout simplement acheter du pain ?
Les grandes envolées sur l’environnement n’ont pas empêché que l’on remplace les trains de marchandise par des camions et les trains de voyageurs par des « bus Macron » alors que les experts de l’ONU s’accordent pour dire qu’en France le 1er enjeu sur le climat c’est la politique des transports. Il est évident qu’une véritable réorganisation des transports en commun limiterait les émissions de CO2, faciliterait la vie des gens et amoindrirait leurs frais de déplacement.

Lors de la session de septembre du Conseil départemental j'ai une nouvelle fois interpellé le Préfet sur la question du contournement sud-est de l'agglomération clermontoise en rappelant l'extrême urgence de ce projet pour les territoires et populations concernées, notamment les habitants de Cournon et Pérignat-sur-Allier.Pour rappel, voila plus de deux ans que le Conseil départemental a acté le dossier d'enquête d'utilité publique concernant ce projet et transmis le dossier à l'Etat afin d'engager une consultation inter-administrative permettant de pointer un certain nombre d'observations sur des thèmes aussi divers que la biodiversité, l'eau ou l'archéologie.
Suite à cela, un nouveau dossier tenant compte de ces observations a été déposé le 12 juin 2018 par le président Gouttebel, d'où ma question sur l'avancement du dossier. Réponse du représentant de l'Etat : une étude juridique complémentaire a été lancée pour vérifier que la solution privilégiée par le Conseil départemental est bien compatible avec l'utilité publique du projet en raison de son « impact sévère sur le site archéologique de Gondole ». Dans la négative, une nouvelle solution devrait alors être recherchée rapidement avec le Département.

A l'heure où j'écris ces lignes, le Préfet a quitté le Puy-de-Dôme pour de nouvelles fonctions et n'est toujours pas remplacé. Gageons que son successeur nous apportera une réponse dans les plus brefs délais afin que ce dossier voit – enfin ! - son aboutissement. Engagés depuis plus de vingt ans derrière ce projet de contournement les élus du secteur, les adhérents de l'association ENPA commencent à perdre patience. Comme les Cournonais et les Pérignatois obligés de subir des nuisances de circulation de plus en plus fortes mais aussi les automobilistes venant au delà de l'Allier qui n'ont d'autre choix que d'emprunter ce parcours pour se rendre au travail et subissent matin et soir des ralentissements importants. Il est plus que temps, dans l’intérêt général, que cessent les tergiversations de l'Etat.

En espérant que 2019 nous apportera de bonnes nouvelles je vous souhaite à toutes et à tous d'excellentes fêtes de fin d'année !

Bertrand PASCIUTO
Maire-Conseiller départemental de Cournon-d’Auvergne
1er vice-président de Clermont Auvergne Métropole 

 

 

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